La lueur au bout brillait seule dans la nuit. Sa lueur. La lueur de sa clope. Ce rougeoiment ne suffisait pas à guider ses pas, mais elle connaissait assez bien le parc pour le traverser à l'aveuglette. Et les étoiles et la lune étaient là pour l'aider, pour la conforter, pour lui rappeler combien elle aimait la nuit, celle-là même qui était de loin son terrain de jeu favori.
Elle ignorait pourquoi elle fumait, tout comme elle ignorait pourquoi elle était là, loin de son lit, loin des filles, loin du sourire de sa meilleure amie profondément endormie. Elle ne savait pas comment elle ne s'étouffait pas, comment son corps savait de lui même comment inhaler puis exhaler la fumée avec tant d'habilité. Elle savait par contre que cette chose tuait et vous détruisait peu à peu de l'intérieur, mais c'était ce qui lui plaisait. Elle aurait pu pencher vers l'héroine, mais c'était trop brutal et elle ne cherchait pas à être stone. Pas en ce moment en tout cas. Elle n'en avait pas besoin, elle était stoique de toute façon, pas besoin de drogue pour ça. Elle aurait bien ajouté du shit à son tabac, mais elle n'en avait plus, ou alors elle n'était pas parvenu à mettre la main dessus. Elisha en avait peut-être, il faudrait qu'elle songe à lui demander. En rentrant. Demain. Après-demain peut-être. Tout ça était trop flou, trop incertain. C'était de la merde, comme tout le reste. Ces nuits d'errance, sans cesse. Cette fixation sur le passé, ces efforts qu'elle fournissait pour vivre toujours et inlassablement en arrière alors que la vie s'offrait à ses pieds.
Elle était belle, putain. Elle était belle et jeune, et malgré cela, elle n'avait pas fait l'amour depuis plusieurs mois. Plusieurs mois c'est long, extrêmement long, trop long.. Ça lui manquait, le bouillonement des chairs en fusion au contact de l'autre, l'adrénaline montante du début de l'action, la jouissance qui menait à l'extase à laquelle succédait l'épuisement, et enfin les effluves d'érotisme et de sexe qui flottait dans l'air juste après l'acte. Elle avait besoin de ça, elle avait besoin de se sentir désirée, de sentir les mains d'un homme sur ses reins, de ressentir
quelque chose , juste pour se sentir vivante.
« Merde. » souffla t-elle dans la nuit.
Elle n'était pas seule, droit devant, sur la rive du lac noir qui portait particulièrement bien son nom ce soir malgré la lune resplendissante, une fille buvait, accoudée à la berge.
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❝ L'opium agrandit ce qui n'as pas de bornes,
Allonge l'illimité.
[...]
Tout cela ne vaut pas le poison qui découle des yeux verts,
Lacs où mon âme tremble et se voit à l'envers. ❞